
Choisir un carnet A5 ou A6 revient à trancher une question très simple en apparence : veut-on écrire confortablement ou porter son carnet partout ? Les deux formats sont les héritiers directs de la même série normalisée, l’un valant exactement le double de l’autre, et pourtant ils ne servent pas du tout aux mêmes usages. Le premier est un format de travail, le second un format de captation.
Le choix se joue rarement sur l’esthétique. Il dépend de la longueur des sessions d’écriture, du geste, du contenu, du mode de transport et parfois du stylo. Passer en revue ces critères prend cinq minutes et évite d’accumuler des carnets à moitié remplis, abandonnés parce qu’ils étaient trop encombrants ou trop étriqués pour ce qu’on voulait y mettre.
A5 et A6 : ce que disent les dimensions
Un A5 mesure 148 x 210 mm, un A6 mesure 105 x 148 mm. Le second correspond exactement à la moitié du premier, obtenu en coupant le grand côté en deux, selon la logique de la série A où chaque cran divise la surface par deux tout en gardant la même proportion. Un A5 est lui-même la moitié d’un A4, et un A6 la moitié d’un A5.
Ces chiffres se traduisent en réalités physiques mesurables.
| Critère | Carnet A5 | Carnet A6 |
|---|---|---|
| Dimensions de la page | 148 x 210 mm | 105 x 148 mm |
| Surface écrite utile | Environ 250 cm² | Environ 120 cm² |
| Lignes par page (interligne 7 mm) | 26 à 28 | 17 à 19 |
| Mots manuscrits par page | 180 à 250 | 80 à 120 |
| Poids typique, 96 pages | 200 à 300 g | 90 à 150 g |
| Tient dans une poche de veste | Rarement | Oui |
| Prix courant observé en France | 8 à 25 euros | 4 à 15 euros |
Le rapport de un à deux sur la surface devient un rapport de un à deux et demi sur le confort réel, parce qu’une page A6 perd proportionnellement plus de place dans ses marges et dans la zone morte près de la reliure. Sur un carnet de poche, la marge de reliure peut absorber jusqu’à un huitième de la largeur utile, contre un vingtième sur un A5.
L’autre différence rarement mentionnée touche au geste. Écrire sur un A5 mobilise le poignet et laisse à la main un appui stable sur la page. Sur un A6, la main dépasse presque toujours du carnet, l’appui se fait sur la surface de dessous, et l’écriture devient plus petite et plus contrainte. Ceux qui ont une grande écriture le ressentent immédiatement.
Choisir un carnet A5 ou A6 selon l’usage réel

Le A5 s’impose dès que le carnet doit accueillir des blocs structurés : comptes rendus, notes de lecture, plans, tableaux, schémas légendés. Il permet de poser deux colonnes côte à côte, ce que le A6 interdit en pratique. C’est aussi le format de référence des journaux organisés en modules, dont les principes sont détaillés dans notre article sur comment commencer un bullet journal.
Le A6 excelle dans un registre opposé : la note attrapée debout, dans la rue, dans un train, entre deux rendez-vous. Sa qualité principale est d’être là. Un carnet resté sur un bureau parce qu’il pesait trois cents grammes ne sert à rien, alors qu’un carnet de poche de cent grammes capte des idées qui seraient perdues autrement. C’est un outil de collecte immédiate, pas de rédaction.
Le dessin déplace un peu les lignes. Le croquis rapide, la silhouette, la note de couleur tiennent parfaitement en A6, et le petit format a même une vertu pédagogique : il oblige à simplifier et décourage les détails prématurés. Le dessin d’observation poussé, en revanche, demande le A5 au minimum, comme le détaille notre guide sur le matériel du croquis de voyage.
Reste la solution mixte, que beaucoup finissent par adopter : un A6 dans la poche pour capter, un A5 sur le bureau pour trier et développer. Le report d’un carnet vers l’autre, une fois par semaine, remplace avantageusement les systèmes plus sophistiqués et coûte quelques minutes.
La reliure compte autant que le format
Un carnet se juge d’abord à sa capacité à rester ouvert. Une reliure qui se referme dès qu’on lâche la page transforme chaque prise de note en exercice d’équilibre, et ce défaut pèse plus lourd que dix millimètres de largeur.
La couture au fil, en cahiers assemblés puis cousus, offre le meilleur comportement : le carnet s’ouvre à plat, la page ne se détache pas et la reliure supporte des centaines d’ouvertures. C’est la construction traditionnelle des carnets de qualité, reconnaissable au fil visible au centre de chaque cahier.
Le dos carré collé, où les feuilles sont massicotées puis encollées en bloc, coûte moins cher mais s’ouvre mal et perd des pages avec le temps, surtout sur les papiers épais. La colle thermofusible durcit et casse au froid, ce qui rend ce type de carnet peu adapté au carnet de terrain.
La spirale métallique ou plastique s’ouvre à plat et se replie sur elle-même, ce qui divise l’encombrement par deux quand on écrit debout. Son défaut est symétrique : la spirale gêne la main sur la page de gauche pour les droitiers, et elle se déforme au fond d’un sac.
L’agrafe, ou piqûre à cheval, convient aux carnets minces de trente-deux à quarante-huit pages. Au-delà, les pages centrales dépassent des pages extérieures et le massicotage crée une différence de largeur visible. Beaucoup de carnets A6 économiques utilisent ce procédé.
Deux constructions plus rares méritent un mot. La reliure japonaise, où le fil passe par des trous percés près du bord et fait le tour du dos, produit un objet très beau mais qui refuse de s’ouvrir à plat : elle convient aux carnets d’exposition, pas au travail quotidien. Le système rechargeable, où des feuillets amovibles se glissent dans une couverture par des élastiques ou des anneaux, résout un problème réel, celui du carnet qu’on ne veut pas remplir d’un seul type de contenu. Sa faiblesse est la perte de linéarité : les pages se réordonnent, donc la chronologie disparaît, et avec elle une partie de ce qui fait la valeur d’un carnet relu des années plus tard.
Le papier intérieur : grammage, réglure, opacité
Le grammage détermine à lui seul le confort d’écriture. En dessous de 70 g/m², l’encre traverse et le verso devient difficilement exploitable. Entre 80 et 90 g/m², la plupart des stylos à bille et des rollers passent proprement. Au-delà de 100 g/m², les encres liquides et les feutres à alcool restent en surface, mais le carnet gagne en épaisseur et en poids. Les repères complets sont réunis dans notre guide sur les grammages de papier selon l’usage.
L’opacité ne se confond pas avec le grammage : un papier de 90 g/m² très bouffant peut laisser deviner le verso davantage qu’un papier de 80 g/m² compact et chargé en pigments minéraux. Le test le plus fiable reste empirique : écrire une ligne appuyée et regarder la page suivante par transparence.
La réglure se choisit selon le contenu, pas selon l’habitude. Le ligné convient au texte suivi, avec un interligne de 6 mm pour une écriture serrée et de 7 à 8 mm pour une écriture ample. Le quadrillé de 5 mm sert aux tableaux et aux schémas. Le pointillé, grille de points espacés de 5 mm, offre un compromis devenu très populaire : il guide sans imposer de lignes visibles dans le rendu final. La page unie, enfin, reste la seule option cohérente pour le dessin libre.
La couleur du papier joue un rôle discret mais réel. Un blanc très froid, chargé en azurants optiques, fatigue à la lecture prolongée et fausse la perception des couleurs à l’aquarelle. Un ivoire ou un blanc cassé adoucit le contraste et vieillit mieux.
Le lissage de surface conditionne enfin le comportement des instruments. Un papier très lisse, presque satiné, laisse glisser une plume et retarde le séchage de l’encre, ce qui provoque des bavures chez les gauchers ou les écritures rapides. Un papier légèrement grainé accroche le crayon et le fusain, mais il fatigue les pointes fines et accélère l’usure des feutres. Entre les deux, la plupart des carnets destinés à l’écriture adoptent un lissage moyen qui ne contrarie aucun instrument sans en favoriser aucun. Ceux qui écrivent au stylo à plume gagnent à vérifier ce point avant le grammage, car une encre liquide sur un papier trop absorbant produit des lettres qui s’élargissent en buvard.
Ce qui fait durer un carnet

La couverture est la pièce qui encaisse tout. Une couverture souple épouse la poche et pardonne les torsions, mais elle se corne aux angles et n’offre aucun support pour écrire debout. Une couverture rigide, cartonnée à trois millimètres ou davantage, sert de plan d’appui et protège le bloc, au prix d’un poids et d’un volume supérieurs. Sur un A6 destiné à la poche, la souplesse gagne presque toujours ; sur un A5 de terrain, la rigidité rend service.
Les finitions font le reste. Un élastique de fermeture empêche le carnet de s’ouvrir dans un sac et de ramasser les plis. Un signet cousu évite de chercher sa page. Une pochette collée en troisième de couverture accueille billets et cartes, ce qui a plus d’usage qu’il n’y paraît en voyage. Ces détails coûtent peu en fabrication et changent l’expérience quotidienne.
Dernier point, souvent négligé : la numérotation des pages et la présence d’un index. Un carnet non numéroté redevient un tas de notes dès qu’il est rempli. Numéroter au fil de l’écriture, en bas à l’extérieur, prend deux secondes par page et rend le carnet consultable des mois plus tard. Sur un A6, où chaque page contient peu, cette discipline d’indexation devient carrément déterminante, faute de quoi retrouver une note revient à feuilleter deux cents pages minuscules.
Le stockage à long terme suit la même logique que celui des feuilles volantes : à plat, à l’abri de la lumière directe et loin des variations d’humidité. Un carnet rangé debout sur une étagère se déforme lentement sous son propre poids si les voisins ne le soutiennent pas, et une couverture souple gondole en quelques mois dans une pièce humide. Noter la période couverte au dos ou sur la tranche, en une ligne, transforme une pile anonyme en collection consultable.
Le meilleur format reste celui qui se remplit. Un carnet A5 luxueux gardé intact par crainte de le gâcher vaut moins qu’un A6 bon marché noirci jusqu’à la dernière page. Le format se choisit donc en fonction du geste qu’on veut installer, et non de l’objet qu’on aimerait posséder.